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The Art Of Change

ghostpoet

 

Le travail de Swifty devrait sembler familier aux fidèles du Worldwide Festival, mais je vais quand même vous présenter le personnage. 
Même si vous n'avez jamais entendu le nom de Swifty, je peux vous parier que vous avez déjà croisé ses œuvres et il y a même des chances que vous en possédiez une sans même le savoir. Pendant presque vingt ans, grâce à une vision novatrice, Swifty a su apporter beaucoup à la Club Culture telle qu'on la connaissait alors. 
Il était présent sur le graphisme de pochettes des labels Mo' Wax, Far Out, Blue Note (Japon) ou Talking Loud... des flyers 90's pour les soirées de Talking Loud & Saying Something au Dingwalls et Jazz'90, ou encore les soirées Headz de James Lavelle. Il régnait jusque dans la presse britannique avec Straight No Chaser... ajoutez à tout cela ses travaux pour la télé, ses designs de tee-shirts ou de skateboards, et vous comprendrez pourquoi vous n'avez pu échapper aux talents de l'éternel adulescent Swifty.
 
Pour tenter avoir une vision globale du travail du 'S', il faut revenir aux origines de la club culture. À la fin des années 80, Swifty sortait alors fraichement de son école d'art de Manchester. Suite à un premier déménagement à East London, il se retrouve à bosser pour l'un des designers les plus avant-gardistes du moment, soit Neville Brody, qui s'occupait déjà des magazines The Face et Arena. 
C'est Neil Spencer, ancien du NME (New Musical Express) et mon futur collaborateur sur Straight No Chaser, qui m'a le premier présenté Swifty.
Swifty revendiquait à cette époque plus d'indépendance et nous lui offrions l'opportunité de bosser sur Straight No Chaser... une friche graphique où tout restait à faire.
 
L'arrivée des premiers Macintosh d'Apple a vraiment impulsé une révolution et Swift est rapidement devenu un véritable pro du Mac. Il était littéralement dedans ! Son boulot sur Straight No Chaser lui vaut illico la récompense de 'Designer de l'Année' par le magasine XYZ. 
Le Chaser était au centre de tout ce qui se tramait sur la scène jazz club de l'époque.
L'ecstasy déferlait en masse sur la ville, les premières raves cartonnaient … et fatalement notre scène rare groove se retrouvait à la traine. Nous nous sentions tous investis d'une mission. En 91, Swifty quitte Neville Brody et toute l'équipe s'installe à Hoxton. Le quartier était alors complètement délabré et abritait notamment la bande des Young Brit Artists (Tracey Emin et compagnie). Rien à voir avec le quartier hyper bobo que l'on connait aujourd'hui.
Nos bureaux deviennent l'endroit où l'on trouve tous les flyers annonçant les meilleures soirées de la capitale anglaise.
Avant que Swift ne s'y mette, les flyers étaient plus l'apanage des punks débarqués d'écoles d'art – faits à l'arrache, le plus souvent sans style et au marqueur…
C'est vraiment Swifty et son Mac qui ont révolutionné l'art du design des flyers. C'est d'ailleurs grâce à ses flyers que Swifty rencontre Janine Neye. Eh oui, la même Janine qui organise aujourd'hui encore les sessions annuelles à Dingwalls avec Gilles Peterson et Patrick Forge, et dieu merci, ils sont toujours ensemble!
 
On avait établi notre base à Dingwalls pendant les soirées de Gilles Talking Loud & Saying Something chaque dimanche. Notre truc, c'était le son et ces sessions reflétaient parfaitement le melting pot culturel et ethnique du centre de Londres. Dingwalls fut rapidement associé au phénomène acid jazz grâce à des groupes comme les Brand New Heavies, Jamiroquai et bien sûr le James Taylor Quartet. En réalité, les soirées rassemblaient toutes sortes de noctambules : les puristes jazz de l'Electric Ballroom, les rescapés des scènes rare groove et boogie, les zicos au centre du collectif des Jazz Warriors, les fans d'acid jazz et même les Bboys fans de hip hop boom bap à la Tribe Called Quest.
Swfity a rapidement été contaminé par cette sensibilité hip hop, et en particulier l'art du sampling, qui a influencé sa façon de composer ses toiles et ses créa en général. Le jour où Gilles a lancé le label Talking Loud records, c'est Swift qu'il a choisi comme concepteur graphique et croyez-moi, Swifty en a pleinement profité pour faire exploser sa créativité !
Ses travaux étaient sidérants ! Vraiment radical ! Novateur ! Il n'y a qu'à se replonger dans le catalogue Talking Loud pour prendre véritablement conscience de l'ampleur de son génie –que ce soient les pochettes d'albums ou les maxis– Young Disciples, Incognito, Galliano… Omar et tant d'autres. Jetez un coup d'œil sur les pages suivantes issues de SNC et vous comprendrez instantanément ce que je veux dire.
On n'essayait pas de se trouver «une image», on était juste lancés à fond dans ce tourbillon créatif qui accompagne les périodes de changements radicaux.
Bien que le SNC ait un format d'édition et une maquette bien établis, à chaque numéro, nous étions soumis à une pression sismique. Au cœur de ces coups de semonce, on trouvait toujours Swifty, et en l'occurrence, ses typos incroyables ! Swift était le genre de gars à tirer au fusil à pompe sur ses typos pour les rendre plus vivantes !!! (cf la typo «shotgun»). Le travail de Swifty devenait vraiment incroyablement impressionnant et il ne fallut pas longtemps avant qu'il soit sollicité jusqu'au Japon pour designer des pochettes de disques. 
 
Le jour où James Lavelle, alors âgé de dix-sept ans, débarqua au bureau du Chaser pour nous demander de lui lâcher une colonne dans le mag' parce que, nous affirma-t-il, on “avait vraiment besoin de lui!”, ce fut une nouvelle étape dans le boulot de Swifty. Forcément, on accepta de prendre Lavelle avec nous ! Swifty et James se retrouvèrent vite à bosser ensemble, partageant la même page dans le magazine. Unis par leur passion «herbale», leur amour des Toys, des séries TV 70's telles Kung Fu (avec David Carradine), Man From Uncle (dont est tiré le pseudo U.N.K.L.E.) et autres japonaiseries. Ils deviennent alors inséparables.
James était un gros fan de hip hop et très vite, il monte Mo' Wax, une machine de guerre qui, selon leur propre expression, “défonce le funk à la façon d'un moine Shaolin”. Ils se branchent avec les icônes montantes de la Street Culture new yorkaise et notamment avec le Graffiti Artist Futura 2000. Leur connexions japonaises leur permet d'être également en relation avec le crew Major Force et même Dj Krush. Parallèlement à tout ça, ils rencontrent un jeune lycéen américain mordu de vinyles et de Crate Diggin : Dj Shadow. À l'époque, c'était artistiquement nouveau à tous les niveaux. Alors, même si aujourd'hui, c'est Will Bankhead qui en récolte les fruits, c'est quand même Swift qui en a jeté les bases et qui est responsable des meilleurs sorties du label.
 
En 95, Swift déménage et s'installe vers Harrow Road. Là-bas, il s'entoure de jeunes artistes designers qu'il invite à bosser à ses côtés.
Leur local devient STUDIO BABYLON et on y trouve les futures pointures Mitchy Bwoy (illustrateur pour divers labels indépendants broken beat dubstep), Kam Bhgal (film & vidéo – MTV), Robi Bear (Brownswood art) et Fred Deakin (Airside et du groupe Lemon Jelly). On attend avec impatience leur première expo.
Ce séjour au Grove accouchera d'une multitude de pochettes d'albums pour des labels comme Far Out & B&W. Swifty sera le premier avec Paul Tully et PD3 à utiliser le Street Art dans le monde du marketing notamment avec les happening artistiques pour la marque Fosters Ice. Pour le nouveau millénaire, Swifty se tourne vers les techniques cinématographiques et vidéo. On peut ainsi reconnaître sa marque de fabrique dans The Peep Show, Smack My Pony et Derren Brown mais aussi dans des programmes musicaux comme Reggae: The History Of Jamaican Music ou Jazz Britania.
 
Aujourd'hui, Swifty continue à créer flyers, pochettes d'albums, logos, typos, titrages TV, dessine des fringues pour Addict et décore même des skateboards (Swifty reste old school et skate toujours !!!). Mais le plus important pour lui, ce sont ses créations artistiques. Créateur atypique de marques, il affectionne fusionner les technologies avec ses (propres) moyens de production roots. Allez le voir chez lui et il est à parier qu'il sera en train de bosser sur des sérigraphies ou des techniques de gravure ! Swift est définitivement un moderniste frappé de nostalgie. Ce qui a récemment permis à ses œuvres de trouver une place à la Red Dot Art fair, à l'East London Art Club et au Art Car Boot Sale et dans des expositions solo à Londres, en passant par Strasbourg et Adélaïde (Australie). 
Ma relation de travail avec Swifty a perduré ving ans, dont quatre-vingt dix-sept numéros de Chaser et une douzaine de projets annexes. Nous sommes de très bons amis, sur la même longueur d'onde. Le «Principe de liberté» est le ciment de notre collaboration. Pour chaque numéro, on ne pouvait jamais prédire sa forme finale ainsi que son contenu. Les maitres mots de Straight étaient respect et confiance et avec Swifty comme guide spirituel, autant vous dire que le magazine devenait un phénomène artistique, en perpétuelle mutation qui plus est. Pour toutes ces raisons, je lui serai éternellement reconnaissant. 
 
Paul Bradshaw – Straight No Chaser (former publisher/editor) 
 
 
 

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